Un vélodrome qui tourne vinaigre

cipale

Jadis théâtre de grands exploits cyclistes, le vélodrome Jacques Anquetil du bois de Vincennes est en passe de sombrer dans l’oubli. En cause, des travaux à l’arrêt et des craintes de restructuration…

La Cipale, rebaptisée vélodrome Jacques Anquetil à la mort du quintuple vainqueur du Tour de France en 1987, c’était la piste aux étoiles. Des Jeux olympiques de 1900 et 1924 aux arrivées de la Grande Boucle dans les années 1970, l’enceinte sportive est l’un des piliers franciliens du sport triomphant.

Qui a oublié les Merckx, Thévenet ou Darrigade levant les bras sur la piste en ciment au milieu des clameurs ? Qui n’a pas une pointe de nostalgie en s’asseyant dans les tribunes, classées au patrimoine des monuments historiques, ou en passant devant les baraquements où se changeaient les pistards aux gros mollets ?

Depuis, ce théâtre à ciel ouvert a été occupé par les amoureux du pignon fixe. Outil d’entraînement pour les plus aguerris, la piste d’une longueur de 500 mètres sert aussi d’initiation aux plus jeunes cyclistes. Une fois par semaine, les écoles de cyclisme se donnent rendez-vous pour pédaler sur l’anneau pour perpétuer la tradition « des mercredis populaires. » « Mais ça, c’était avant…  »

Les promoteurs des alentours se frottent les mains

Christian Masola, la soixantaine grisonnante, a le regard mélancolique à l’évocation du site. Le président du club Paris Cyclisme Olympique (PCO), qui s’entraîne régulièrement sur place, n’en démord pas : « cette piste était un véritable outil de formation », commence-t-il.« Les enfants pouvaient y tourner en toute sécurité et s’habituer à la discipline. Et puis, quoi de mieux que de pouvoir rouler en plein Paris sans se soucier de la circulation ? »

Mais la roue va tourner du mauvais côté. En juin 2012, la mairie de Paris décide de fermer l’enceinte pour entreprendre des travaux de rénovation. Trois mois, c’est le délai prévu pour un chantier qui n’a rien d’insurmontable : réaménager l’anneau dégradé par les ans et élargir la pelouse centrale, utilisée occasionnellement  par le club de rugby du PUC. Mais ce qui devait être un lifting spectaculaire s’est transformé en fiasco chirurgical. Trois ans plus tard en effet, le constat est affligeant : la piste est toujours bosselée, la pelouse impraticable. Surtout, les travaux sont à l’arrêt. Eiffage, la société responsable des travaux, reste muette. « Cette société n’a pas les compétences pour assurer ce chantier », peste Reynald Prévost, le président de l’association « Sauvons la Cipale. »

Ils ne connaissent pas les caractéristiques d’un vélodrome qui nécessite des dimensions et angulations particulières. Pire, ils ne communiquent pas avec nous et ne font aucun effort.

Agacés, écœurés, attristés… Les habitués du lieu cherchent des coupables autant que des solutions. Pour eux, l’enjeu réside surtout du côté du porte-monnaie. « Les promoteurs immobiliers des alentours se frottent les mains à l’idée de pouvoir détruire la piste », s’insurgent en cœur les parents des jeunes du PCO. « Ils veulent l’utiliser comme une salle de spectacle par exemple.»

Seule trace d’activité sur place, un restaurant de bonne réputation entretient la vie comme la flamme de la Cipale. Mais le mythe est mité.

 

 

Lucas Ferrandier et Boris Zimine

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