Vincennes en scènes

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S’offrir une balade dans le poumon vert de Paris, c’est comme partir au loin. Inspirez…

« Moi, j’ai la chance de travailler ici ». Ici, c’est le bois de Vincennes et celui qui parle, c’est Franck, 37 ans, conducteur de bus à la RATP. La trentaine plutôt joviale, Franck a visiblement tiré le bon numéro. « La ligne 112, comme toutes les autres lignes du bois de Vincennes, est appréciée des conducteurs »,  sourit-il d’emblée. Depuis quatre ans maintenant, il a ce « privilège là ». Avant, il conduisait dans les rues encombrées de Paris. Autant dire qu’il adore sa nouvelle affectation. « Il y a quelque chose de différent ici ; une atmosphère plus calme, moins stressante ». Comme si le temps avait moins d’emprise sur les gens de l’autre côté du périph’.

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Les arrêts de bus se succèdent. Des lycéens turbulents descendent à la station « Stade Léon Lagrange », les sportifs un peu plus loin, face à la grille d’entrée de l’INSEP. C’est à cette hauteur qu’entrent Paulette et son pass Navigo. Paulette, une habituée, une gouailleuse, une accompagnatrice de choix pour Franck dont le visage s’illumine en la voyant. Pour 1€80, de la Cartoucherie au Château de Vincennes, le one-mamy show durera cinq petites minutes aller, jusqu’au terminus, fin de sa représentation. Cinq minutes à papoter, à rigoler avec Franck, qui passe outre les consignes de ne pas s’adresser au chauffeur. Ce transport pas vraiment commun.

 Le soleil n’est pas là mais il est ici

Le bois de Vincennes, c’est un peu de ca. Des tout petits riens qui font un tout quand la capitale toute proche bouillonne dans son tumulte. Là-bas,  on peut s’y perdre ; ici, tout le monde s’y retrouve. Joggeurs, marcheurs, rêveurs ; canards, oies, paons. Des hommes et des animaux qui se côtoient et s’espionnent à tour de rôle. Les uns se demandent ce que font les autres à courir autour d’un lac. Les autres admirent les uns faire la parade. C’est le cas de Zouhia, jeune assistante maternelle de 23 ans. Son endroit préféré ? Le Parc floral, l’un des quatre pôles du jardin botanique de Paris où elle aime se promener. Aujourd’hui, elle est venue avec la petite Joséphine, trois ans, pour voir les paons. « Par chance, ils ont fait la parade devant elle », se réjouit Zouhia qui continue sa marche matinale. La petite Joséphine, emmitouflée au fond de sa poussette, est maintenant assagie. Les pieds au chaud et des roues de plumes plein les yeux, la voilà à présent endormie à deux roues de trottinette du parc zoologique. Un peu plus loin, à mesure qu’on chemine vers l’orée du bois, c’est le printemps coloré et sonore qui se rapproche. La foire de Trône, cette grande machine à sensations fortes, va tout prochainement accueillir des millions de visiteurs pour les beaux jours. Chichis, beignets et train-fantôme. Écureuil, lac des cygnes et carpes centenaires.

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L’ambiance sera chaude sur la pelouse de Reuilly mais en cet instant, le thermomètre ne dépasse pas les dix degrés. Un léger vent d’est glace encore un plus l’atmosphère. Lumière d’hiver. Lumières blanches, aujourd’hui laiteuses. C’est Patrick, passionné de photographie, qui grimace. « Aujourd’hui, la luminosité est vraiment mauvaise. Faudra revenir un autre jour. Toujours avec le même plaisir en revanche. » La passion du bois de Vincennes, de ses allées et contre-allées, qu’elles soient colorées ou non reste intacte. Les mots de Zouhia nous reviennent : « Le soleil n’est pas là (en pointant du doigt le ciel) mais il est ici (en montrant son coeur) ».

Comme Zouhia, Marc, retraité de 63 ans, est magnétisé par le bois de Vincennes, qu’importe son ciel. Marc est passionné de pêche. Son coin, c’est le lac de la Gravelle, coté Joinville. « C’est mon lac ! Mon lac porte-bonheur où j’ai eu le plus de prises »,  s’exclame-t-il. Ses prises ? La truite ! Sa technique ? La mouche fouettée ! Un lancé qu’il répète toutes les minutes à l’aide de sa main droite. Une dextérité acquise au cours de ses cinquante-cinq années d’expérience, lui qui a reçu sa première canne à huit ans. « Un bout de bois, un fil et un hameçon. » On dirait du Cabrel. L’ancien fonctionnaire sait bien que ce n’est pas le meilleur endroit de pêche mais « quand on est pêcheur, on est pêcheur partout, même au bord d’un lac à quelques mètres des voitures. » Le passionné se passionne, la rencontre s’achève sur un « alors, bonne pêche ». Erreur qui aurait pu être fatale. « Ne jamais dire ‘bonne pêche’ à un pêcheur, ça porte malheur !

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La balade se poursuit, contourne des pelouses, descend vers l’hippodrome. Rencontre avec Sophie. Pour cette employée de banque de 44 ans, le bois de Vincennes a les allures des trotteurs. Voilà 150 ans que l’hippodrome attire les classes populaires par opposition à ses équivalents plus huppés de l’ouest parisien. Un lieu chargé d’histoire pour l’hippisme mondial. D’émotions et de souvenirs pour Sophie : « Mon père m’y emmenait environ une fois par mois et pendant les vacances. Quand mes amis partaient en Bretagne, moi je restais à Paris. C’était mes vacances à moi. » Il fait toujours beau à Vincennes.

Simon Martin-Brisac

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